Il y a des voyages qui donnent l’impression de regarder un territoire autrement. Des escapades où l’on ne vient pas seulement visiter une ville ou cocher quelques lieux sur une carte, mais plutôt suivre un fil, une histoire, une lumière. C’est exactement ce que nous avons ressenti pendant ces trois jours en Normandie, sur les traces de Claude Monet.
À l’occasion du centenaire de la disparition du peintre, nous avons découvert un itinéraire un peu différent, pensé autour de ses années de jeunesse entre Le Havre, Honfleur, Trouville et Deauville. Une partie de sa vie que l’on connaît finalement moins que Giverny, ses jardins ou ses Nymphéas, et qui raconte pourtant beaucoup de choses sur son regard. Avant les grandes séries, avant le pont japonais et les bassins fleuris, il y a eu la mer. Les ports. Les ciels changeants. Les plages normandes. Les bateaux qui apparaissent dans la brume. Cette lumière si particulière que l’on retrouve encore aujourd’hui sur l’estuaire de la Seine.
Ce séjour avait aussi une autre particularité : tout a été imaginé en mobilité douce. Nous sommes arrivés au Havre en train depuis Paris Saint-Lazare, puis nous avons poursuivi notre route en bus, à pied et à vélo. Et honnêtement, cela donne une toute autre saveur au voyage. On prend davantage le temps d’observer, de regarder les façades, les reflets sur l’eau, les nuances du ciel. On avance plus lentement, mais peut-être aussi plus intensément. Et pour un itinéraire autour des Impressionnistes, cela nous a semblé particulièrement juste.
Pendant ces trois jours, nous avons redécouvert Le Havre à travers le regard de Monet, marché dans Honfleur en pensant à Eugène Boudin et à la Ferme Saint-Siméon, puis retrouvé l’atmosphère des stations balnéaires du XIXe siècle à Trouville et Deauville. Un voyage entre art, paysages, histoire et douceur normande, que l’on peut très facilement organiser sans voiture.
Dans cet article, on vous partage notre itinéraire complet, nos visites, nos coups de cœur et tous nos conseils pratiques pour vivre à votre tour ces trois jours sur les traces de Monet en Normandie.


Le centenaire Monet en 2026 : pourquoi cette année est si particulière ?
En 2026, la Normandie et l’Île-de-France célèbrent les 100 ans de la disparition de Claude Monet. Le peintre s’est éteint à Giverny le 5 décembre 1926, après avoir profondément marqué l’histoire de l’art. Un siècle plus tard, les territoires qui ont compté dans sa vie et dans son œuvre lui rendent hommage à travers une grande programmation culturelle.
Ce centenaire est une belle occasion de redécouvrir Monet autrement. Bien sûr, on pense immédiatement à ses tableaux les plus célèbres, comme les Nymphéas, les Coquelicots, les Cathédrales de Rouen ou encore Impression, soleil levant. Mais ce qui nous a plu dans cette année anniversaire, c’est justement l’idée d’aller au-delà des œuvres accrochées aux murs des musées. De retrouver les paysages qui les ont inspirées. De comprendre comment certains lieux ont façonné son regard. De marcher, presque littéralement, dans ses pas.
Tout au long de l’année 2026, de nombreux événements sont organisés en Normandie et en Île-de-France : expositions, visites, ateliers, expériences autour de la peinture en plein air, parcours dans les paysages impressionnistes, événements gastronomiques ou encore balades autour des lieux de vie de Monet. L’idée est de célébrer l’artiste dans toutes ses dimensions : le peintre bien sûr, mais aussi l’homme qui aimait les jardins, les grandes tablées, la nature, les lumières changeantes et les instants simples.
Parmi les grands rendez-vous, le festival Normandie Impressionniste revient en 2026 avec une édition spéciale consacrée à Claude Monet. Le thème du jardin y tient une place centrale, comme un écho à Giverny et à cette façon si particulière qu’avait Monet de faire dialoguer nature et peinture. D’autres musées et lieux emblématiques participent également à cette année anniversaire, de Vernon à Honfleur, en passant par Le Havre, Rouen, Paris ou Giverny.
Mais ce centenaire porte aussi un message qui nous parle beaucoup : voyager autrement. À travers la démarche “Centenaire Monet en mobilités douces”, les visiteurs sont invités à découvrir les paysages impressionnistes en train, à vélo, en bus ou à pied. Une manière plus lente, plus responsable et plus immersive de parcourir ces lieux. Et finalement, quoi de plus cohérent pour approcher l’univers de Monet que de prendre le temps de regarder la lumière changer ?




Monet en Normandie : les paysages de sa jeunesse
Quand on pense à Claude Monet, on imagine souvent Giverny, sa maison rose aux volets verts, son jardin d’eau et ses célèbres Nymphéas. Pourtant, avant de s’installer dans l’Eure, Monet a grandi en Normandie, et plus précisément au Havre. C’est ici que son regard s’est formé, au contact de la mer, des bateaux, des ciels instables et de cette lumière de l’estuaire que l’on ne retrouve nulle part ailleurs.
Sa famille s’installe au Havre lorsqu’il est encore enfant. Très jeune, Monet dessine. Il réalise notamment des caricatures, qui rencontrent un certain succès dans la ville. Mais la grande rencontre de sa jeunesse, c’est celle avec Eugène Boudin, peintre né à Honfleur et figure essentielle du pré-impressionnisme. Boudin l’encourage à sortir, à peindre dehors, à observer le ciel, les nuages, les reflets, la mer. Cette idée de peindre en plein air va profondément marquer Monet.
On comprend alors pourquoi la Normandie a joué un rôle si important dans son parcours. Ici, rien n’est vraiment figé. La lumière change sans cesse. Le ciel peut passer du bleu au gris en quelques minutes. La brume enveloppe parfois le port avant de disparaître. Les reflets sur l’eau évoluent au fil de la journée. Tout semble inviter à saisir un instant avant qu’il ne s’échappe.
Au Havre, Monet trouve un décor moderne et vivant : les quais, les bateaux, les fumées, l’activité du port. C’est ici qu’il peint, en 1872, Impression, soleil levant, l’un des tableaux les plus célèbres de l’histoire de l’art. Une œuvre presque brumeuse, vibrante, qui donnera son nom au mouvement impressionniste.
Honfleur joue aussi un rôle important. À la Ferme Saint-Siméon, de nombreux artistes se retrouvent au XIXe siècle pour peindre, échanger, observer les paysages de l’estuaire. On imagine facilement l’ambiance de ce lieu, entre discussions d’artistes, repas partagés et séances de peinture face à la nature. C’est un endroit qui raconte à lui seul tout un pan de l’histoire impressionniste.
Puis il y a Trouville, où Monet séjourne avec son épouse Camille durant l’été 1870. Il y peint notamment l’Hôtel des Roches Noires et capte l’atmosphère élégante des stations balnéaires de l’époque. Là encore, on retrouve cette envie de représenter la vie moderne, les mouvements, les silhouettes, les instants pris sur le vif.
Suivre Monet entre Le Havre, Honfleur, Trouville et Deauville, c’est donc partir à la rencontre d’un Monet plus jeune, moins associé aux jardins de Giverny, mais déjà profondément habité par la lumière. C’est aussi redécouvrir la Normandie comme un territoire d’inspiration, où les paysages ne sont pas seulement beaux : ils racontent une histoire.




Un itinéraire Monet accessible sans voiture
Ce que nous avons beaucoup aimé dans cet itinéraire, c’est qu’il montre qu’il est possible de découvrir cette partie de la Normandie autrement, sans forcément prendre la voiture. Et pour un séjour autour de Monet, cela prend tout son sens.
Les Impressionnistes ont beaucoup voyagé grâce au train. Au XIXe siècle, l’arrivée du chemin de fer a transformé la manière de se déplacer, en reliant Paris à la Normandie et en rendant accessibles des lieux comme Le Havre, Trouville ou encore les bords de Seine. Aujourd’hui, on peut finalement reprendre ce même fil, en rejoignant les paysages impressionnistes en train, puis en poursuivant à pied, en bus ou à vélo. Une façon plus douce de voyager, mais aussi plus immersive.
Notre itinéraire a commencé à Paris Saint-Lazare, une gare elle-même très liée à l’univers impressionniste. Monet l’a peinte à plusieurs reprises, fasciné par la vapeur, le mouvement, les verrières et l’agitation moderne du lieu. Partir de cette gare pour rejoindre Le Havre avait donc quelque chose d’assez symbolique. En un peu plus de deux heures, nous sommes arrivés directement au cœur de la ville, sans stress, sans voiture à récupérer, sans stationnement à chercher.
Sur place, tout s’est enchaîné assez naturellement. Au Havre, nous avons rejoint notre hôtel en bus, puis nous avons poursuivi la journée à pied entre le MuMa, les quais, le front de mer et les lieux liés à Impression, soleil levant. C’est une ville qui se prête bien à la marche, avec de grands espaces, une lumière très présente et cette impression permanente d’être entre ville, port et horizon.
Le lendemain, nous avons quitté Le Havre en car Nomad pour rejoindre Honfleur. C’est un trajet court, pratique, qui permet de passer d’une rive à l’autre de l’estuaire sans avoir besoin de voiture. Honfleur se découvre ensuite très facilement à pied. Le centre historique est compact, plein de charme, et l’on prend plaisir à se perdre entre le Vieux Bassin, les ruelles pavées, les maisons anciennes et les points de vue sur l’estuaire.
Pour la dernière journée, nous avons poursuivi vers Trouville et Deauville, avec une balade à vélo entre les deux villes. C’était sans doute l’une des plus jolies façons de terminer ce séjour : longer la mer, passer d’une station balnéaire à l’autre, retrouver l’ambiance des plages que Monet et Boudin ont peintes, puis rejoindre les Franciscaines avant de reprendre le train à la gare de Trouville-Deauville.
Ce type d’itinéraire demande un peu d’organisation, surtout pour bien coordonner les horaires de train, de bus et les temps de visite. Mais rien de compliqué. L’application Atoumod peut être très utile pour préparer ses trajets en Normandie, notamment pour combiner les transports régionaux, les bus urbains et les cars Nomad. Une fois sur place, on réalise surtout que voyager sans voiture change vraiment le rythme du séjour. On ralentit. On observe davantage. On laisse plus de place aux détails.
Et finalement, c’est peut-être la meilleure manière de partir sur les traces de Monet : ne pas chercher à tout voir trop vite, mais prendre le temps de regarder la lumière sur l’eau, les nuages qui passent, les façades qui changent de couleur au fil de la journée. Exactement ce qui a nourri son regard, plus d’un siècle avant nous.




Jour 1 : Le Havre, là où tout commence
Notre itinéraire sur les traces de Monet a commencé au Havre, et cela ne pouvait pas être plus logique. C’est ici que Claude Monet a grandi, que son regard s’est construit, et que la mer, les bateaux, les ciels changeants et l’activité du port sont entrés très tôt dans son imaginaire. Avant même de devenir le peintre que l’on connaît, Monet a observé cette ville tournée vers l’horizon, avec ses lumières parfois douces, parfois brumeuses, toujours mouvantes.
Visiter le MuMa et l’exposition temporaire « Monet au Havre »
Le MuMa est une étape incontournable lorsque l’on s’intéresse à l’Impressionnisme en Normandie. Situé face à l’entrée du port, tout près de la mer, le musée semble presque dialoguer avec les paysages que Monet a observés. Avant même d’entrer, on est frappés par sa situation : la lumière entre partout, les reflets changent selon la météo, et l’on comprend assez vite pourquoi Le Havre a autant compté pour les peintres.
À l’occasion du centenaire de la disparition de Claude Monet, le MuMa présente une exposition temporaire entièrement consacrée à ses années de jeunesse : “Monet au Havre”, visible jusqu’au 27 septembre 2026. Et pour commencer un itinéraire sur ses traces en Normandie, difficile d’imaginer meilleure entrée en matière.
L’exposition revient sur une période essentielle de sa vie, de son enfance au Havre jusqu’aux années qui précèdent la première exposition impressionniste. On y découvre un Monet encore jeune, en train de chercher sa voie, bien avant Giverny, les Nymphéas et les grandes séries qui feront sa renommée. Ses premiers dessins, ses carnets, ses caricatures, ses paysages maritimes et portuaires racontent la naissance d’un regard. Celui d’un artiste qui observe déjà tout : les ciels, les bateaux, les régates, les reflets sur l’eau, les mouvements du port, les lumières changeantes de l’estuaire.

Ce que nous avons trouvé particulièrement intéressant, c’est de voir à quel point Le Havre a compté dans sa formation. Ce n’est pas seulement la ville où il a grandi : c’est un véritable terrain d’apprentissage. C’est ici qu’il rencontre Eugène Boudin, qui l’encourage à peindre en plein air. C’est ici aussi qu’il observe les paysages de Sainte-Adresse, la pointe de la Hève, les bassins, les quais, les voiles et les fumées du port. Petit à petit, on comprend comment ces années havraises ont façonné sa manière de peindre et son envie de saisir l’instant.
Le parcours est à la fois chronologique et sensible, avec des œuvres, des documents d’archives, des photographies et des éléments plus intimes qui permettent de mieux comprendre le jeune Monet. On découvre aussi l’importance de ses premiers soutiens, notamment au Havre, et le rôle de cette ville dans l’affirmation de sa vocation artistique. Pour nous, cette exposition rend Monet plus proche, presque plus humain. On ne voit pas seulement le grand maître de l’Impressionnisme, mais un jeune homme en construction, nourri par son territoire.
L’exposition se termine aussi par un dialogue très contemporain avec deux œuvres monumentales d’Ai Weiwei, Water Lilies #1 et Water Lilies #2. Réalisées en briques LEGO, elles revisitent les Nymphéas de Monet dans un langage totalement différent. Le contraste est surprenant, entre la touche impressionniste et cette matière industrielle, colorée, presque pixelisée. Mais cela fonctionne très bien : ces œuvres créent un pont entre passé et présent, entre l’héritage de Monet et la création contemporaine.



Déjeuner aux Fauves, face au musée
Après la visite, nous avons déjeuné aux Fauves, le restaurant situé au sein du MuMa. C’est le genre d’adresse que l’on apprécie beaucoup dans un itinéraire de visite : pratique, agréable, bien placée face au portp, et parfaite pour faire une pause sans casser le rythme de la journée. On reste dans l’ambiance du musée, tout en prenant le temps de souffler avant de poursuivre la découverte du Havre.
Et très belle surprise côté assiette : nous nous sommes vraiment régalés. Nous avons goûté le suprême de volaille accompagné de fragola, ainsi que la presa de cochon ibérique, servie avec une crème de chorizo et un écrasé de pommes de terre à l’huile d’olive. Deux plats généreux, savoureux, avec de beaux équilibres. Une cuisine simple dans l’esprit, mais très bien travaillée, exactement ce que l’on aime pour une pause déjeuner entre deux visites.




Sur les quais, dans les pas d’Impression, soleil levant
L’après-midi, nous avons poursuivi avec une balade guidée autour des quais et des lieux liés à Monet. C’est sans doute le moment où l’histoire devient la plus concrète. On ne parle plus seulement d’un tableau célèbre, on se retrouve face aux paysages qui l’ont inspiré.
En 1872, Monet peint au Havre Impression, soleil levant, une œuvre devenue mythique puisqu’elle donnera son nom au mouvement impressionniste. Ce tableau représente le port dans la brume, au lever du soleil, avec quelques silhouettes de bateaux et une lumière orangée posée sur l’eau. Sur place, même si le port a évidemment changé depuis le XIXe siècle, il reste quelque chose de très fort : cette atmosphère entre industrie, mer et lumière, ce mélange de lignes, de fumées, de reflets et d’horizon.
Pendant la balade, on prend conscience que Le Havre n’est pas seulement une ville où Monet a vécu. C’est un décor qui a profondément marqué sa manière de regarder. Le port, les quais, les bateaux, les mouvements permanents : tout cela offrait un sujet moderne, vivant, presque en perpétuelle transformation. Et c’est exactement ce que les Impressionnistes ont cherché à peindre : la vie telle qu’elle se présente, les sensations immédiates, les variations de lumière, les instants qui passent.


Le Havre, une ville à regarder autrement
Le Havre est une ville qui surprend souvent. On peut avoir en tête une image très portuaire, très minérale, peut-être même un peu froide. Et pourtant, en prenant le temps de marcher, on découvre une ville lumineuse, graphique, ouverte sur la mer, où l’art et l’architecture occupent une place très forte.
Ce que nous avons aimé, c’est que Le Havre se regarde presque comme un musée à ciel ouvert. Au fil de la balade, on tombe sur des œuvres d’art installées dans l’espace public, des formes, des couleurs, des lignes qui attirent le regard et donnent envie de lever les yeux. La ville a cette capacité à mêler son histoire portuaire, son architecture reconstruite et des touches plus contemporaines, parfois inattendues. On passe d’un bassin à une place, d’une perspective très urbaine à une œuvre colorée, et chaque détour semble raconter une autre facette du Havre.
Parmi les lieux qui nous ont marqués, il y a bien sûr l’église Saint-Joseph. De l’extérieur, sa silhouette est impressionnante, presque monumentale, avec sa tour qui domine la ville. Mais c’est surtout à l’intérieur que la magie opère. Les milliers de carreaux colorés filtrent la lumière et créent une atmosphère incroyable, à la fois douce, moderne et presque spirituelle. Selon l’heure de la journée, les couleurs changent, se déplacent sur le béton, enveloppent l’espace. C’est exactement le genre de lieu où l’on a envie de rester quelques minutes sans parler, juste pour observer.
Nous avons aussi beaucoup aimé le quartier du Volcan, avec son architecture si reconnaissable. Juste en dessous, la bibliothèque Oscar Niemeyer est une vraie surprise. On descend presque dans un cocon blanc, tout en courbes, très lumineux, très apaisant. C’est un lieu culturel, mais aussi un espace de vie où l’on a envie de s’installer, de lire, de faire une pause. Le contraste avec les lignes plus droites de la ville reconstruite est très intéressant, et cela montre encore une fois combien Le Havre est une ville d’architecture.
C’est peut-être ce qui nous a le plus marqués pendant cette journée : au Havre, le ciel fait partie du décor. Il transforme constamment la ville. Un rayon de soleil change la couleur d’un immeuble, un nuage modifie l’ambiance d’un quai, la mer apporte une douceur inattendue. Pour un itinéraire sur Monet, c’est un point de départ idéal, car tout invite à observer la lumière.








Où dormir au Havre ?
Pour cette première nuit au Havre, nous avons dormi à l’hôtel Lilybloom, une adresse assez étonnante en plein cœur de la ville. Ici, pas de chambre d’hôtel classique, mais de petits cocons urbains installés comme des cabanes au milieu du Havre. On a vraiment aimé cette sensation de se retrouver dans un espace à part, presque secret, tout en étant à quelques minutes à pied des visites, du MuMa, du Volcan et du centre-ville.
Le plus drôle, c’est que l’établissement occupe en réalité une ancienne cour d’école. Difficile de l’imaginer au premier abord, et pourtant, cela donne beaucoup de charme au lieu. Les anciens espaces ont été transformés en hébergements cosy, avec une atmosphère douce et contemporaine. On garde l’idée d’un petit refuge en ville, parfait pour se poser après une journée de visites.
C’est une adresse qui fonctionne très bien pour cet itinéraire en mobilité douce. Depuis la gare, on peut rejoindre facilement l’hôtel en bus, puis tout faire à pied pour le reste de la journée. Après avoir arpenté le MuMa, les quais, le front de mer et les lieux liés à Monet, c’était agréable de retrouver ce petit cocon urbain, au calme, sans avoir à ressortir une voiture ou gérer un stationnement.

Jour 2 : Honfleur, entre Eugène Boudin et la Ferme Saint-Siméon
Après cette première journée au Havre, nous avons poursuivi notre itinéraire en direction de Honfleur. Et là encore, l’idée était de continuer sans voiture, en gardant ce fil conducteur de la mobilité douce. Depuis Le Havre, nous avons rejoint la gare routière, puis pris un car Nomad pour traverser l’estuaire et arriver à Honfleur. Le trajet est assez court, facile à organiser, et permet de passer d’une ambiance portuaire et urbaine à un décor beaucoup plus pittoresque.
Honfleur, on la connaît souvent pour son Vieux Bassin, ses maisons étroites, ses ruelles pavées et cette atmosphère de carte postale normande. Mais dans un itinéraire autour de Monet, la ville prend encore une autre dimension. C’est ici que l’on retrouve l’ombre d’Eugène Boudin, ce peintre qui a joué un rôle essentiel dans la formation de Monet. C’est aussi ici, autour de la Ferme Saint-Siméon, que de nombreux artistes se sont retrouvés au XIXe siècle pour peindre, échanger et expérimenter face aux paysages de l’estuaire.
Cette journée à Honfleur nous a permis de mieux comprendre tout ce qui a nourri les débuts de Monet : la lumière, bien sûr, mais aussi les rencontres, les influences, les discussions entre artistes, et cette envie très forte de sortir de l’atelier pour peindre le monde tel qu’il se présente.




Découvrir le centre historique de Honfleur
Nous avons commencé la journée par une balade dans le centre historique de Honfleur. C’est une ville qui se découvre merveilleusement bien à pied. Tout est proche, les rues sont pleines de charme, et l’on peut facilement se laisser porter sans programme trop strict.
Le Vieux Bassin est évidemment l’un des lieux les plus emblématiques. Même si l’endroit est très connu, il faut reconnaître que la magie opère toujours. Les hautes maisons aux façades étroites se reflètent dans l’eau, les bateaux ajoutent une touche vivante au décor, et la lumière change sans cesse selon les nuages. On comprend assez vite pourquoi Honfleur a attiré autant de peintres. Ici, chaque reflet semble composer un tableau différent.
Mais ce que nous avons aussi aimé, c’est nous éloigner un peu des points les plus fréquentés. En empruntant les ruelles autour du bassin, on découvre une Honfleur plus intime, avec ses maisons anciennes, ses petites places, ses galeries, ses détails en bois, ses façades de guingois et cette impression de marcher dans une ville qui a gardé une vraie âme.
L’église Sainte-Catherine mérite aussi le détour. Construite en bois, avec son allure presque maritime, elle rappelle à quel point Honfleur est liée à la mer et aux savoir-faire des charpentiers de marine. À l’intérieur, l’atmosphère est douce, chaleureuse, très différente des églises en pierre que l’on visite habituellement. C’est un lieu simple, mais très touchant.



La Ferme Saint-Siméon, un lieu mythique pour les peintres
Depuis le centre de Honfleur, nous avons ensuite marché jusqu’à la Ferme Saint-Siméon. Le trajet se fait facilement à pied et permet de quitter peu à peu l’agitation du centre pour rejoindre un lieu beaucoup plus paisible, entouré de verdure, avec une vue magnifique sur l’estuaire.
La Ferme Saint-Siméon est un endroit à part dans l’histoire de l’art. Au XIXe siècle, de nombreux peintres y sont venus pour séjourner, discuter, observer et peindre les paysages alentour. Eugène Boudin, Johan Barthold Jongkind, Gustave Courbet, Charles-François Daubigny… et bien sûr Claude Monet ont fréquenté ces lieux ou ces paysages. On imagine facilement les artistes installés dehors, face au ciel et à la mer, à essayer de saisir une lumière avant qu’elle ne change.
Ce qui est beau ici, c’est que le lieu a gardé quelque chose de très évocateur. Même si la Ferme Saint-Siméon est aujourd’hui une adresse élégante, on ressent encore cette atmosphère de refuge artistique. Il y a le calme, la végétation, la vue, cette impression d’être un peu en retrait du monde. Un endroit idéal pour comprendre pourquoi les peintres venaient chercher ici une autre manière de travailler.
Nous y avons déjeuné sous forme de pique-nique, dans l’esprit d’un déjeuner sur l’herbe. Et c’était une très belle façon de prolonger l’expérience. Rien de trop formel, mais un moment simple, gourmand, en lien avec l’histoire du lieu. Au menu : salade de lentilles au saumon fumé, rosbeef avec salade et échalote ciselée, Pont-l’Évêque accompagné de salade d’herbettes et de pomme, puis tarte fine aux pommes. Un déjeuner très agréable, généreux, avec des saveurs normandes, parfait avant de poursuivre la journée.
Nous avons beaucoup aimé cette pause à la Ferme Saint-Siméon. C’est le genre d’endroit où l’on comprend que l’Impressionnisme n’est pas seulement une histoire de tableaux. C’est aussi une manière de vivre les lieux, de se réunir, de regarder, de partager un repas, d’échanger des idées. Un lieu de passage, de rencontres, d’inspiration.






Le musée Eugène Boudin, pour comprendre les débuts de Monet
L’après-midi, nous avons poursuivi avec la visite du musée Eugène Boudin. Et c’est une étape que l’on vous conseille vraiment si vous souhaitez mieux comprendre le lien entre Honfleur, Boudin et Monet.
Eugène Boudin est souvent présenté comme l’un des maîtres de Monet. C’est lui qui l’encourage à quitter l’atelier pour peindre dehors, face au motif. Une idée qui paraît presque évidente aujourd’hui, mais qui a profondément changé la manière de peindre au XIXe siècle. Grâce à Boudin, Monet apprend à observer les ciels, les nuages, les lumières changeantes, les atmosphères maritimes. Et quand on visite le musée, on comprend tout de suite l’importance de cette transmission.
Le musée Eugène Boudin n’est pas un très grand musée, et c’est aussi ce qui le rend agréable. On y découvre des œuvres liées à Honfleur, à la mer, aux plages, aux ciels normands. Il y a quelque chose de très doux dans cette visite, une manière de revenir aux origines du regard impressionniste. On ne vient pas seulement admirer des tableaux, on comprend peu à peu comment une sensibilité artistique s’est construite ici, dans ces paysages.
Lors de notre passage, nous avons eu la chance d’assister à l’inauguration d’une œuvre en laine, Bateaux de pêche, Étretat, une réinterprétation textile de l’œuvre de Claude Monet Étretat de 1884. Réalisée par l’association Citémômes, cette création monumentale de 265 x 195 cm est composée de 2067 carrés de laine. Visuellement, l’effet est assez étonnant : le tableau semble comme “pixellisé”, mais avec toute la chaleur et la matière du tricot. On redécouvre l’œuvre autrement, presque comme si l’on entrait dans ses couleurs.
Ce qui nous a particulièrement touchés, c’est la dimension collective du projet. Derrière chaque carré de laine, il y a une personne, un geste, un moment partagé. La communauté “Tricote un sourire” a réuni des habitants, des visiteurs, des tricoteurs d’ici et d’ailleurs autour d’une même œuvre. Certains ont tricoté, d’autres trié, assemblé, participé à leur manière. Et cela donne à cette réinterprétation de Monet quelque chose de profondément humain.
Nous avons beaucoup aimé cette idée : faire vivre une œuvre célèbre autrement, en la rendant collective, tactile, accessible, presque familière. Cela crée un lien très doux entre l’histoire de l’art et la vie d’aujourd’hui. Et dans un musée consacré à Eugène Boudin, qui a lui-même transmis à Monet l’envie de regarder le monde différemment, cette œuvre trouvait parfaitement sa place.


Où dormir à Honfleur ?
Pour cette deuxième nuit, nous avons dormi à l’hôtel L’Absinthe, une adresse idéalement située au cœur de Honfleur, juste à côté du port. C’est exactement le genre d’hébergement que l’on aime dans une ville comme celle-ci : pratique, plein de charme, et avec une atmosphère très chaleureuse.
Depuis notre chambre, nous avions une jolie vue sur le port, ce qui rendait l’expérience encore plus agréable. Se réveiller avec les façades de Honfleur, les bateaux et cette lumière douce sur l’eau, c’est forcément une belle manière de commencer la journée. On reste dans l’ambiance de la ville du matin au soir, sans avoir besoin de reprendre la voiture ou de marcher longtemps pour profiter du centre.
Nous avons aussi beaucoup aimé la décoration de l’hôtel, à la fois cosy, un peu rétro, très enveloppante. Le salon commun nous a particulièrement marqués : on avait presque l’impression d’arriver chez sa mamie, avec ce côté chaleureux, familier, rassurant, où l’on a envie de s’installer dans un fauteuil et de prendre le temps. Rien de froid ni d’impersonnel, mais une vraie âme, comme une maison de famille en plein cœur de Honfleur.
Le petit-déjeuner était lui aussi très gourmand, parfait avant de repartir pour une nouvelle journée sur les traces de Monet.


Jour 3 : Trouville et Deauville, Monet côté stations balnéaires
Pour cette dernière journée sur les traces de Monet en Normandie, nous avons quitté Honfleur pour rejoindre Trouville et Deauville en car Nomad, en seulement 40 minutes. Après Le Havre, ville de jeunesse et de port, puis Honfleur, terre de rencontres artistiques, cette troisième étape nous plonge dans une autre ambiance : celle des stations balnéaires normandes.
Ici, l’histoire de Monet se raconte autrement. On pense aux élégantes silhouettes sur les plages, aux hôtels face à la mer, aux parasols, aux robes longues, aux scènes prises sur le vif. Durant l’été 1870, Monet séjourne à Trouville avec son épouse Camille. Il y peint notamment L’Hôtel des Roches Noires et Camille sur la plage de Trouville, deux œuvres qui évoquent cette vie balnéaire mondaine du XIXe siècle, mais toujours avec cette attention si particulière à l’instant, au vent, aux mouvements et à la lumière.



Trouville-sur-Mer, l’élégance simple d’une station balnéaire
Trouville a gardé une atmosphère que l’on trouve assez unique sur la côte normande. C’est une station balnéaire élégante, mais avec quelque chose de plus vivant, de plus populaire aussi, qui la rend très attachante. On y retrouve les grandes villas, les hôtels historiques, la plage, les cabines, les façades tournées vers la mer… mais aussi un vrai quotidien, des pêcheurs, un marché, des ruelles animées.
Dans un itinéraire autour de Monet, Trouville permet de comprendre une autre facette de son œuvre : son intérêt pour la vie moderne. Monet ne peint pas seulement des paysages sauvages ou des ports industriels. Il s’intéresse aussi aux lieux de villégiature, aux scènes de plage, aux silhouettes qui passent, aux instants du quotidien. Ici, la mer devient un décor de vie, un espace social, un lieu où l’on se promène, où l’on observe, où l’on se montre.
Nous avons aimé imaginer cette ambiance du XIXe siècle, lorsque les stations balnéaires normandes attiraient les artistes, les écrivains et les familles aisées venues profiter des bains de mer. Même si la ville a changé, il reste quelque chose de cette époque dans les façades, les hôtels, les promenades et les lumières de bord de mer. On peut même retrouver un banc à son nom, sur les planches de Trouville, non loin de l’hôtel emblématique « Des Roches Noires ».






De Trouville à Deauville à vélo
Après Trouville, nous avons poursuivi à vélo en location « ça roule » en direction de Deauville. C’est l’une des parties les plus agréables de l’itinéraire, car les deux villes sont très proches et se relient facilement. Le vélo apporte une vraie douceur au trajet. On avance sans se presser, on s’arrête quand la lumière est belle, on profite de l’air marin, des façades, des détails, des vues sur la mer.
Cette balade à vélo résume assez bien l’esprit du séjour : prendre le temps. Ne pas seulement se déplacer d’un point à un autre, mais faire du trajet une partie de l’expérience. Entre Trouville et Deauville, on passe d’une ambiance à l’autre, tout en restant dans ce décor balnéaire si lié à l’histoire de l’Impressionnisme.
Deauville a un visage plus chic, plus ordonné, avec ses villas, ses avenues, ses boutiques, son front de mer et bien sûr ses célèbres Planches. C’est un lieu très photogénique, presque cinématographique, où l’on retrouve cette élégance normande que l’on associe aux grandes stations balnéaires.




Les Planches de Deauville et l’ambiance du bord de mer
Impossible de passer par Deauville sans marcher sur les Planches. Même si le lieu est très connu, il garde un charme particulier, surtout lorsque l’on prend le temps d’observer les cabines, les parasols, les lignes graphiques et la plage qui s’étire à perte de vue.
Dans le contexte de cet itinéraire, les Planches permettent de prolonger l’atmosphère des scènes de bord de mer peintes par les Impressionnistes. On retrouve cette idée de promenade, de silhouettes face à l’eau, de ciel immense et de lumière changeante. Le décor est plus contemporain, bien sûr, mais l’esprit balnéaire reste très présent.
Nous avons aimé ce moment simple : poser les vélos, marcher un peu, regarder la mer, observer les détails. Après deux journées très riches en histoire et en musées, cette dernière étape apportait une respiration. Une façon de terminer le voyage dehors, face à l’horizon, dans un décor que Monet aurait sans doute aimé observer.

Les Franciscaines, entre patrimoine et création
Nous avons ensuite rejoint Les Franciscaines, à Deauville, pour le déjeuner puis une visite guidée. C’est un lieu culturel assez étonnant, installé dans un ancien couvent, qui mêle musée, médiathèque, espaces d’exposition, patrimoine et création contemporaine. On y entre presque comme dans un lieu de vie, où l’on peut aussi bien visiter une exposition que s’installer pour lire ou simplement profiter de l’atmosphère.
Nous avons beaucoup aimé cette reconversion. Le bâtiment a conservé une vraie âme, tout en étant totalement ouvert sur son époque. Les volumes sont lumineux, les espaces agréables, et l’ensemble donne envie de prendre son temps. C’est un lieu qui correspond bien à Deauville : élégant, culturel, mais aussi accessible et vivant.
Dans un itinéraire sur Monet, Les Franciscaines permettent aussi d’élargir le regard. On n’est plus seulement dans les lieux directement liés à sa jeunesse, mais dans un espace qui prolonge l’idée de transmission artistique. On y parle de patrimoine, d’images, de collections, de création, de mémoire. Et cela fait écho à tout ce que nous avions découvert pendant ces trois jours : l’importance des œuvres, mais aussi des lieux qui les racontent.




Retour en train depuis Trouville-Deauville
En fin d’après-midi, nous avons rendu les vélos à Deauville, récupéré nos bagages, puis rejoint la gare de Trouville-Deauville pour reprendre le train vers Paris Saint-Lazare. Là encore, la mobilité douce rend le voyage très fluide. On termine la journée face à la mer, puis quelques heures plus tard, on arrive directement au cœur de Paris.
Ce retour en train avait quelque chose de très cohérent avec le reste du séjour. Nous avions commencé à Saint-Lazare, cette gare que Monet a peinte, et nous y revenions après trois jours passés à suivre ses premières inspirations normandes. Entre les deux, il y avait eu Le Havre, Honfleur, Trouville et Deauville. Des musées, des ports, des plages, des vélos, des bus, des repas, des œuvres, des lumières.



Une reportage en collaboration avec Voyages Impressionnistes.


